Bohemian Rhapsody

Fox Save the Queen !

À l’occasion de la première diffusion du biopic survolté sur une chaîne française, Acerbe revient sur ce film qui a dépoussiéré le genre des films musicaux.

C’est l’histoire d’un mec, Bulsara, de Zanzibar, en froid avec des parents zoroastriens, qui se cherche sexuellement, et qui jongle entre son boulot de bagagiste à Heathrow et des études de dessin à Ealing. Bref, au début des années 70 dans le Royaume de sa Gracieuse Majesté, le visionnaire qui mise un penny sur lui a sûrement aussi prédit le dénouement du Brexit à l’heure qu’il est. Mais, comme disait Malraux, la mort transformant la vie en destin, la Grande Faucheuse coupe la trajectoire exceptionnelle de ce mec qui ne l’est pas moins. Faut dire qu’il a croisé les bonnes personnes au bon moment. Un astrophysicien, un dentiste et un ingénieur telecom. Vous voyez le genre : des têtes quoi ! Et puis il avait un petit filet de voix le mec. De 4 octaves quand même. Une voix qui a juste changé la face du monde musicale et dont le propriétaire répondait au doux nom de Freddie Mercury…

Rebelote pour Rami (Malek) qui bluffe tout son monde après Mr. Robot. On sait dorénavant qu’il ne suffit donc pas de rajouter une touffe de moustache et des chicots supplémentaires pour faire de n’importe quel acteur un Freddie Mercury en puissance. Sinon, Tata Paulette (qui assurait grave à la kermesse de l’école) aurait tutoyé les plus scintillantes étoiles de Hollywood. L’acteur américain se fend d’une prestation époustouflante qui nous fait oublier à quel point Sacha Baron Cohen aurait pu crever l’écran eût-il obtenu l’aval de Brian May et Roger Taylor.

Ce n’est pas donner à n’importe qui que d’habiter une légende du rock, de s’emparer de sa gestuelle, de capter son essence et de s’approprier sa diction. Et le résultat est tout bonnement saisissant.

Bohemian Rhapsody est toutefois moins un biopic fidèle qu’une déclaration d’amour à la musique de Queen. C’est une construction très intelligente, une succession de tubes plus ou moins scénarisés. Mais quels tubes, quelle puissance ! Queen transcende tout, sublime tout. May, Deacon, Taylor et Mercury auraient transformé le plomb en or au Moyen-Âge. Donnez à ces alchimistes trois accords, ils écrivent la balade culte Crazy little thing called love, prêtez-leur les spots du Macumba un samedi soir, et vous révolutionnez les clips avec Bohemian Rhapsody.

C’est quand que les 70s reviennent à la mode ?

La chronologie des événements est certes bouleversée mais c’est pour sublimer le spectacle de la vie du leader de Queen. Le Live Aid se déroule après que Freddie a appris sa maladie ? C’est pour ajouter à la tension dramatique. Le groupe se sépare à cause de vives tensions artistiques ? Cela renforce l’émotion du concert de Wembley qui marque leurs retrouvailles. Qui trouvera décemment quelque chose à redire ?

Il va sans dire que la qualité d’un biopic ne se mesure pas à l’aune de la fidélité des faits dépeints. Sinon, on peut enlever quantité d’oscars à des biopics musicaux (Ray) ou judiciaires (Erin Brockovitch) qui prennent des largesses bien plus grandes que la mâchoire de Freddie Mercury avec la réalité. Ce qui va faire date est à chercher ailleurs.

Quelle jubilation de rentrer dans la peau de ce spectateur privilégié, de ce confident backstage qui découvre la genèse des chansons cultes ou du concert mythique. Ces quelques scènes où se mêlent drame, tragédie, communion ou réconciliation sont de véritables moments d’anthologie sur lesquels repose tout l’intérêt du film.

Encore plus que la reconstitution du concert de Wembley, il y a cette scène qui va marquer l’histoire du cinéma où Freddie et John Deacon (bassiste) veulent faire prendre le virage disco aux deux autres membres qui protestent violemment, donnant lieu à un échange de coups entre le chanteur et Roger Taylor (batteur).

Deacon gratte sa basse ; les esprits se calment ; Freddie voit de suite l’énorme potentiel de ces quelques notes ; Brian, assis au fond de la pièce, y ajoute quelques notes tandis que Roger demeure imperturbable. La basse encore. La basse toujours. Ce même riff encore et encore. Et Freddie qui découvre les paroles, qui les chante, qui, déjà, se les approprie sous le regard admiratif de ses partenaires…

Steve walks wearily down the street with the brim pulled way down low / 

Ain’t no sound but the sound of his feet, machine guns ready to go / 

Are you ready (il accentue le mot tout en se tournant vers Deacon) /

Are you ready for this ? Are you hanging on the edge of your seat / 

Out of the doorway the bullets rip, to the sound of the beat yeah… /

Another one bites the dust. Et c’est tout le genre du biopic musical qui vient de renaître.

Acerbomètre :

  • Date de sortie : 31 octobre 2018 (2 h 15)
  • Réalisation : Bryan Singe…, euh je veux dire Director
  • Distribution : Rami Malek, Belote Lee, Tarot Boynton
  • Genre : The Show Must Go On

Brille en société !

Les fans de Wayne’s world ne manqueront pas de reconnaître Mike Myers en directeur de label irascible et peu enclin à produire A night at the opera, l’album qui contient Bohemian Rhapsody. Un joli clin d’œil quand on se souvient de l’hystérie que déclenchait ce titre dans la voiture de Wayne interprété par ce même Mike Myers en 1992.

Bande annonce VO officielle

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