Malcolm 1 – Marie 1 – Sam 0

Sam Levinson : toujours aussi influencé par les réseaux sociaux, mais toujours aussi éloigné du talent paternel !

Rappel des faits

La soirée avait si bien commencé pour Malcolm, l’avant-première de son film était un succès, et rentrer chez lui avec sa femme allait lui permettre de savourer encore plus ce moment de gloire en privé. Pour les amoureux de cinéma que nous sommes, cela serait aussi un moment où les clins d’œil et la passion du septième art allaient nous toucher de près …

Mais c’était bien mal connaître Sam Levinson, qui comme à l’accoutumé sait gâcher les choses et cela à de multiples niveaux. Car Malcolm, lors du discours de remerciements a oublié de citer sa femme. Cette erreur est naturellement le début de la dispute, mais aussi l’excuse pour déballer tout leur linge sale et bien plus encore.

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Niveau un

Alors commençons par les bons points. La colorimétrie du film est très sympa. Pourquoi ? Car déjà c’est du noir et blanc et aussi que la lumière de leur grande maison est parfaitement maitrisée à la façon Eyes Wide Shut. Les plans séquences sont nombreux et les mouvements de caméra autour des personnages provoquent une intercession plutôt sympatique. Tout comme les moments de calme agrémentés de musique. Typique de Levinson, pour le coup.

Mais surtout, surtout, surtout les deux uniques acteurs de ce film sont incroyables. Leurs interprétations sont saisissantes et captivantes. La protégé de Levinson, Zendaya est fascinante de justesse, rien à voir avec sa prestation en demie-teinte chez Marvel. De son côté, Malcolm, incarné par John David Washington qui s’est récemment fait un prénom avec Tenet de Nolan, vient de gravir un sommet et transcende littéralement son art.

Zendaya & Washington démontrent un talent assez incroyable, par leurs prestances, leurs postures, mais aussi sur leurs nombreux monologues accusateurs et magistraux. Des monologues qui ferait passer la scène emblématique d’Edward Norton devant le miroir, dans La 25ème heure de Spike Lee, pour du théâtre amateur ! Bravo pour ça !

Niveau deux

Levinson nous expose, dans les nombreux reproches de Marie, mais aussi dans ceux de Malcolm, des tranches de vie connues qui permettent de révéler les blessures et les non-dits du couple. Mais aussi de la société en général. Les parallèles sont faciles à faire et le scénario ne le boude pas. Le racisme blanc, mais aussi le noir, les classes sociales, la toxicomanie, sans oublier les problèmes directement liés au milieu du cinéma sont présentés avec force et panache afin de nous faire réfléchir et de nous interroger.

Malheureusement, et comme toujours avec Levinson, la gravité et la crédibilité des faits ne sont pas là. Nous survolons maladroitement les sujets sans réellement nous y arrêter. Mêmes les histoires de cul et la relation amoureuse du couple sont partiellement évoquées. Côté dispute, le « je t’avais dit que c’était à droite » a plus d’arguments et de saveur que ça … Car effectivement, putain !  C’était à droite !

Niveau trois

Sur le fond, nous sommes plutôt dans la banalité du quotidien. Une simple dispute de couple à laquelle nous sommes étrangers, mais sur laquelle nous sommes normalement censés pouvoir nous identifier. Et pour le coup, c’est parfaitement raté ! Car je ne sais pas pour vous, mais moi je ne travaille pas dans le milieu du cinéma.

J’irai même encore un peu plus loin, le scénario de Malcolm & Marie est mauvais. Mauvais, car le point de vu de l’auteur n’est pas le nôtre. La vision de Levinson, ne regarde que Levinson et quelques autres fils de grands noms du cinéma, dont Washington doit d’ailleurs faire partie. Et faire un film sans viser son public est pour moi une erreur stratégique assez grossière.

Les adorateurs de cinéma cérébral trouveront surement des métaphores qui m’ont peut-être échappé. Mais ils ne pourrons pas enlever le fait qu’ils ne regarderont ce film qu’une seule et unique fois. Car disons le direct, il ne se termine pas. Et le « merci » de la fin est aussi sans saveur pour Marie que son plat de pattes à la carbonara.

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Niveau zéro

Le problème avec le film Malcolm & Marie, c’est qu’il est parfaitement inintéressant. L’histoire est simplissime et d’ailleurs au passage, sans morale. C’est aussi palpitant qu’une vidéo facebook avec un commentaire digne d’une blague Carambar posté par l’ami d’une de vos connaissances. Pourquoi il fait ça ? Ça ne regarde que lui ! Mais le pire c’est que cette vidéo se charge directement pour vous … tout comme la proposition de Netflix de visionner ce film. Et dans les deux cas, après le visionnage, on regrette …

Sam Levinson, qui décidément ne suit pas la carrière de son père, se dit influencé des réseaux sociaux et par la jeunesse d’aujourd’hui. En réalisant un tel film, il réalise un moment de voyeurisme qui ne nous concerne pas. Ça ne prête pas à rire, ça ne prête pas vraiment à réfléchir et ça prête encore moins à vouloir le revoir. On ne retiendra rien de ce film, si ce n’est l’interprétation remarquable des deux acteurs.

On zappe ou on matte ?

Je ne peux pas vous conseiller ce film, il est une perte de temps à lui seul. Les fans de cinéma apprécieront la prestation incroyable des acteurs et savoureront aussi quelques dialogues plutôt très bien écrits. Mais pour être franc et transparent, vous oubliez ce film comme cette vidéo facebook … vous voyez de laquelle je parle ? Non … c’est normal, elles est faite pour ça. Tout comme ce film d’ailleurs !


Acerbien
  • John David Washington au sommet de son art
  • Zendaya parfaitement incroyable
  • Très bonne réalisation
Acerbad
  • C’est quoi le scénario exactement ?

Notations
  • Intérêt : 
  • Captivation : 
  • Rythme : 
  • Histoire : 
  • Acerbomètre : 

Fiche technique
  • Date de sortie : 5 février 2021
  • Réalisateur et scénariste : Sam Levinson
  • Distribution : Zendaya, John David Washington
  • Genre : Drame
  • Plateforme : HBO, OCS, Netflix
  • Durée : 106 minutes

Brille en société

Comme Levinson ne pouvait plus avancer sur la S02 d’Euphoria, avec Zendaya en vedette, à cause de la pandémie, le petit Sam à été contraint de réaliser un film à huit clos, né et tourné pendant la confinement. Un film « bouche-trou » en d’autres termes …

Dans le film, Malcolm s’énerve contre la critique de « la nana blanche du Los Angeles Times ». Levinson fait ici directement référence à la journaliste Katie Walsh, qui avait étrillé son précédent film Assassination Nation, en le qualifiant d' »échec patent d’une critique sociale« . Avec ce « coup bas » Levinson s’est bêtement attiré les foudres de la profession, mais aussi celles des spectateurs. Qui a crié au génie ?

Notre critique d’Assassination Nation … nous aussi on l’a adoré 😉


Bande annonce en VF

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