Terminator: Dark Fate

Acerbe va te préparer pour le bac blanc de philo aujourd’hui. Car le dernier Terminator n’est rien d’autre qu’un manifeste progressiste pour la défense des minorités. Le monde n’est plus seulement soumis à ce vieux modèle poussiéreux du jeune mâle blanc et, si tu lis cette critique jusqu’au bout, on t’autorise à tout pomper. Au fait, la femme est-elle l’avenir de l’homme ? Et l’existentialisme est-il un robotisme ?

Rien ne sert de courir, il faut mourir à point. John Connor s’est pourtant démené. Il a couru, fui, souffert et sauvé le monde. Temporairement seulement. Car le fatum a ses raisons que la raison des studios ignore.
Et c’est donc un énième T-800 qui abat le leader de la Résistance sur une plage du Guatemala trois ans après les péripéties de Terminator 2, le jugement dernier. Sa mère, Sarah Connor traque désormais tous les Terminator, y compris celui qui vient de débarquer à Mexico.
John Connor n’étant plus, c’est après Dani Ramos que le tout dernier modèle du tueur cybernétique (Rev-9) en a aujourd’hui. Mais qui est cette mystérieuse Latino ? Et quid de sa protectrice, Grace, aux aptitudes surhumaines ? Quant à Sarah, comment fait-elle pour connaître exactement le lieu et l’heure d’arrivée des Terminator… ?

Disons-le d’emblée, Dark Fate ne s’encombre pas de la chronologie du canon de la saga. James Cameron nous avait prévenus qu’il fallait vite oublier ce qui s’est fait après T2. Soit ! Le spectateur s’en passe allègrement et prend donc le film pour ce qu’il est : un témoin résolument progressiste de son époque.

Ce sixième long-métrage consacré au Terminator est une oeuvre estampillée 2019. Bien ancrée dans son époque comme, avant elle, le premier Terminator de 1984.
Tim Miller (Deadpool) livre un film-étendard qui clame haut et fort que les minorités ne sont plus condamnées à l’obscurité. Bien au contraire. Elles s’imposent au monde, dans le sens de l’Histoire/histoire. Qu’on le veuille ou non.

À l’ère #MeToo, ici, point de jeune homme à protéger. Encore moins de « ventre » à sauvegarder. Là où le T-800 venait tuer Sarah avant qu’elle n’enfante le messie John Connor tout à sa virilité en 1984, le Terminator dernier cri s’attaque, en 2019, à une jeune femme a priori sans histoire – Dani – amenée à devenir la grande sauveuse de l’humanité. La femme est aujourd’hui l’avenir de l’homme. Et elle est secondée par une guerrière améliorée et par l’increvable Sarah Connor. Une Sainte Trinité au féminin en lutte contre la figure patriarcale du Rev-9.

On a trouvé le pyromane responsable des incendies en Californie

Signe de la révolution démographique aux États-Unis, Ramos, patronyme à consonance hispanique se substitue à Connor, éminemment irlandais. Le modèle W.A.S.P a du plomb dans l’aile et la résistance s’organise autour de Dani grâce/Grace également à la supervision d’une transhumaine aux traits caucasiens. La figure européenne est toutefois reléguée au simple rang de viatique. Et la communauté latino signe là une victoire cruciale dans la représentation cinématographique et symbolique d’aujourd’hui. Tous les murs du monde ne pourront pas résister à cette nouvelle redistribution des cartes où le roi est maintenant une reine. Qui plus est mexicaine.

En fait de nouveau héros hollywoodien, il est tout aussi jubilatoire de voir les anciennes gloires du cinéma tenir la dragée haute à la génération montante. Schwarzy et Linda Hamilton jouent de leur métal rouillé et de leur prothèse de hanche pour botter les fesses du Rev-9. Et « terminent » ainsi avec délectation le jeunisme ambiant des grosses productions actuelles.

Enfin, le film offre une parfaite antithèse à son titre – Dark Fate : le funeste destin – , et verse dans l’optimisme à toute épreuve. Contrairement à ce que professait Stephen Hawking, l’intelligence artificielle n’est pas à craindre comme l’illustre cette scène très sartrienne où le T-800 explique vouloir expier son crime. Avec deux enseignements prodigués, en clin d’œil, par l’ex-gouverneur d’un état à la pointe de la recherche sur l’I.A : point d’émergence d’une conscience sans attachement à l’humanité, et point de fatalité dans nos actes (robot humanisé y compris) puisque nous avons toujours le choix… Même celui de considérer cet opus comme l’un des plus aboutis de la série.

En conclusion, Terminator: Dark Fate s’inscrit plaisamment dans cette lignée de films militants, battant en brèche sexisme, racisme et jeunisme. Avec ce plaidoyer en filigrane – en intégrant et valorisant l’ensemble de la société, c’est celle-là même qu’on sauve. Et son avenir.


Acerbien

  • Des scènes d’action époustouflantes
  • Un Schwarzy et une Linda Hamilton qui prennent et donnent un immense plaisir

Acerbad

  • Edward Furlong et Arnold Schwarzenegger rajeunis numériquement, c’est toujours pas ça !

Acerbomètre :


  • Date de sortie : 23 octobre 2019 (2 h 09)
  • Réalisation : Tim Miller
  • Distribution : Arnold Schwarzenegger, Linda Hamilton, Mackenzie Davis
  • Genre : Cybernétique

Brille en société !

Si tu as encore un doute sur l’utilité des cauchemars, sache que c’est grâce à l’un d’eux que James Cameron a eu l’idée du Terminator. C’est au cours de la promotion italienne de Piranha 2 : Les Tueurs volants qu’il tomba malade et rêva d’un torse métallique rampant et brandissant des couteaux de cuisine tout en fuyant une explosion. Et toi ? Tu as rêvé de quoi hier soir ?


Bande annonce VO officielle

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