The Queen’s Gambit : Netflix fait échec et mat

Incroyable ascension d’une orpheline dans l’art de maîtriser les échecs sur fond de guerre froide et de sexisme d’époque.

Rappel des faits

Nous sommes dans les années 50/60. La petite Elisabeth Harmon, découvre le jeu des échecs grâce au concierge de l’orphelinat où elle réside, depuis la décès de sa mère. Devenue dépendante aux comprimés « calmants » distribués par l’établissement, elle devient une joueuse hors du commun au destin prometteur, mais pas sans démons.

Beth sait nous attendrir et nous emmener avec elle vers des compétitions de plus en plus prestigieuses et internationales. Naturellement elle aura son lot d’épreuves, d’amour, de victoires et de défaites. Sa montée en puissance et ses nombreuses descentes aux enfers, rendent son personnage extrêmement attachant. Cela rendra aussi certains éveillés jusqu’à pas d’heure, afin d’avaler les sept épisodes de cette série en une seule soirée.

thequeengambit3

Distribution

Anya Taylor-Joy, récemment vue dans le Marvel, Les nouveaux mutants, joue Beth adulte et elle le fait à la perfection. Malgré un jeu qui peut sembler minimaliste, son regard crève l’écran à chaque gros plan, ses expressions de visage portent ses émotions au plus haut avec une crédibilité maximale. Thomas Brodie-Sangster, acteur sur la trilogie Le Labyrinthe et sur Game of Throne, incarne le champion américain, puis l’adversaire et enfin l’ami de Beth. Tout comme la majorité des acteurs de cette série, son interprétation est saisissante et l’ensemble de la distribution fait de ce programme une histoire très plaisante à regarder.

Le réalisateur, Scott Franck, à qui l’on doit les séries comme Godless ou Shameless, mais aussi des scripts à succès comme Minority Report ou Get Shorty, nous offre ici une mise en scène bien pensée. L’ambiance générale est assez BD et relativement bien nuancée, entre les compétitions de Beth et sa vie en dehors du jeu. Chaque partie d’échec est d’ailleurs filmée de façon assez différente et permet de nous immerger, plus facilement dans les différentes parties. Et même sans connaitre les règles. Notons aussi l’attention particulière apportée aux décors et aux coiffures d’époque, mais aussi à l’ambiance musicale, plutôt Rock et Blues, et qui parfait à merveille le style et le ton donnés.

thequeengambit2

Cette série est une adaptation du roman éponyme de Walter Tevis. Il faut d’ailleurs souligner l’ironie de l’auteur sur le fait d’avoir choisi une femme comme héroïne, avec les traits de caractère d’un certain Bobby Fischer (voir « brille en société »). Surtout quand on sait que ce dernier considérait que les femmes ne pouvaient pas jouer aux échecs car leur intelligence était moindre que celles des hommes.

On zappe ou on matte ?

The Queen’s Gambit est une mini-série qui se regarde en un temps record. C’est palpitant, haletant et l’envie de voir l’épisode suivant est complètement irrésistible. Beth Harmon ne bouscule pas uniquement les codes si masculins de la discipline, mais aussi les enjeux géopolitiques de l’époque lors de l’affrontement final. Vous n’avez donc pas le droit de passer à côté d’un tel chef d’œuvre qui bat actuellement record sur record.


Acerbien
  • Interprétation incroyable d’Anya Taylor-Joy
  • Histoire engagée et palpitante
  • Réalisation moderne
  • Décors d’époque
  • Musique bien adaptée
Acerbad
  • Envie incontrôlée d’apprendre un jeu très complexe.

Notations
  • Intérêt : 
  • Captivation : 
  • Rythme : 
  • Histoire : 
  • Acerbomètre : 

Fiche technique
  • Diffusion : 23 octobre 2020
  • Créateur : Scott Frank, Allan Scott
  • Distribution : Anya Taylor-Joy, Marielle Heller, Thomas Brodie-Sangster, Harry Melling, Bill Camp
  • Genre : Drame
  • Plateforme : Netflix
  • Épisodes : 7 épisodes

Brille en société

Beth Harmon et Vasily Borgov sont en réalité plusieurs personnages historiques :

  • En premier, on pense à Judit Polgár, joueuse hongroise et seule femme à avoir affronté l’élite mondiale masculine des échecs. Elle a joué en 2002 contre le maître Garry Kasparov. Ce dernier a été d’ailleurs consultant sur la série.
  • Walter Tevis, l’auteur du roman original, féru d’échecs lui aussi, indique s’être inspiré de son grand maître Anatoli Karpov, champion du monde de 1975 à 1998.
  • Et pour finir, Bobby Fischer, seul américain à avoir affronté les maîtres russes pendant la guerre froide. En 1972, « le match du siècle » l’oppose à Boris Spassky pour le championnat du monde. Il le remporte et clot ainsi 24 années de domination russe dans cette compétition.

On retrouve d’ailleurs de nombreuses similitudes entre Beth et Bobby Fischer : le fait d’apprendre le russe, son assiduité à lire tous les ouvrages d’échecs, son jeu très agressif avec une tendance à attaquer rapidement, ou encore le fait d’avoir des difficultés à gérer les interactions sociales. Bobby Fischer remporte son huitième et dernier titre national en 1967, soit la même année où Beth gagne le tournoi des États-Unis.

Le 28 octobre 2020, The Queen’s Gambit devient la série la plus regardée de Netflix, totalisant 62 millions de vues par foyer sur ses 28 premiers jours. Elle fait aussi partie du top 10 des plateformes de diffusion dans 92 pays, et se classe numéro un dans 63 d’entre eux.

Cette mini-série a également fait grimper en flèche les ventes d’échiquiers sur Amazon et Ebay. Un manque d’inspiration pour les cadeaux de fin d’année ?


Podcast

Cette critique est également disponible en podcast audio : Podcasts


Bande annonce officielle en VF

Un commentaire, une réaction, une indignation ?